Textes

Odile Baurens utilise dans sa pratique artistique les procédés de l’empreinte, l’estampe, le frottage. Elle s’approprie les techniques de Max Ernst qui « …toujours à la recherche de moyens propres à réduire la part active du créateur… », découvre en 1925 le frottage. Nous sommes dans les deux cas face à des recherches plastiques qui questionnent le monde visible naturel.

Ernst tend vers la déterritorialisation c’est à dire que du monde physique émerge un autre monde quand , « …saisi un jour par l’aspect hallucinatoire d’un plancher en bois aux rainures très apparentes, il y pose des feuilles de papier qu’il frotte avec de la mine de plomb. Un paysage sous-jacent paraît. Ainsi, Max Ernst parvient à libérer les structures secrètes des matériaux, des plantes et des feuillages. L’intervention du peintre leur confère une direction, une forme allusive… » (1926 ) ref. : https://artsrtlettres.ning.com/…/max-ernst-ou-la-perte-de-l-innocence

Odile Baurens au contraire utilise le frottage pour « reterritorrialiser », c’est à dire montrer le monde souterrain, invisible en surface. Ainsi elle se sert de la géométrie pour rendre sensible le problème de l’encrage dans cet espace particulier qu’elle traverse en terre chinoise, source de son inspiration. Ce que l’on voit, l’arbre, et ce que l’on ne voit pas, les racines, sont traités par le même procédé technique de l’empreinte, c’est le mouvement, par exemple un renversement qui informe et forme l’invisible.

Son lien à la peinture chinoise s’affirme grâce à l’empreinte au sens littéral, laissée à l’artiste après les rencontres subjectives des travaux ou ceux qui les ont produit. Les impressions, une fois dans l’atelier guident le geste à la recherche d’un rythme que trahi la répétition bien souvent géométrique. Dans l’art religieux des chinois Dongba Naxi très proche de la culture Bouddhiste, qu’a côtoyé Odile pendant un certain nombres d’années, l’emploi de la symétrie des formes gauche/droite, haut/bas avec les opposés tel que noir/blanc, rouge/vert etc. est la base de la composition picturale. C’est précisément ce que l’on retrouve dans l’organisation spatiale de ces recherches.

Des traces ou souvenirs, l’artiste taille dans la pierre des réalités physiques en épousant le temps nécessaire à la réalisation. Et de ce travail physique sort des œuvres presque effacées d’une grande légèreté.

Isabelle Rouquette, artiste, été 2018

J’ai vécu près de 8 ans en Chine (voir Rhizome à Lijiang). Comme une vie parallèle, ce « passage » m’a profondément marqué. Ce que j’ai pu retenir de là-bas, j’essaye de le concilier avec ma culture originelle. Mon travail dès lors, interroge les oppositions blanc/noir, vertical/horizontal, haut/bas, vide/plein… Je cherche les limites mais surtout les relations et les possibles agencements. Entre estampe, impression, dessin, le travail se construit en associant aussi différents médiums.

Pour cela j’utilise un thème récurrent : l’arbre. Dans toutes civilisations, il est le support de symboles toujours vivants – arbre de la connaissance, cosmos, vie, temps, cycle éternel… L’arbre constructeur (Jian-Mu 建木) lui s’élève au Centre du Monde en déployant ses neuf branches et neuf racines. Il relie le terrestre au divin1.

Pour ma part, je confronte un monde visible au monde souterrain : ce que l’on voit, les branches de l’arbre, et ce que l’on ne voit pas, ses racines, sont traités par le même procédé technique (l’estampe, le dessin…), et c’est souvent un renversement qui informe et forme l’ensemble. Puis la recherche d’un rythme que trahi la répétition2 se veut bien souvent géométrique. Dans l’art religieux des chinois Dongba Naxi, l’emploi de la symétrie des formes gauche/droite, haut/bas avec les opposés tel que noir/blanc, rouge/vert etc. est la base de la composition picturale. C’est précisément ce que l’on retrouve dans l’organisation spatiale de mes recherches.

Des traces ou souvenirs, je taille dans la pierre ou dans le bois, je dessine, je peins des réalités en épousant le temps nécessaire à la réalisation. Et de ce travail sort des œuvres qui jouent avec les espaces, les supports, les lignes, entre effacement et intensité.

1 Classique des monts et des mers, Shan hai jing, 山海經, attribué à Yan Zou (305-240 av. J.-C.)

2 Le nombre 9 rythme les séries : Neuf (, pinyin jiǔ) est considéré comme un bon nombre dans la culture chinoise parce qu’il sonne comme le mot « durable » (, jiǔ). Il symbolise l’aboutissement d’un cycle précédant le début d’un nouveau cycle.

Odile Baurens, novembre 2018, avec les remarques d’Isabelle Rouquette